
La FrenchRoad66 en amont
Pendant le voyage Syklopattes, je m’étais dit que je voulais faire un Ironman pour mes 30 ans. Puis, l’idée a évolué, naturellement, vers une course d’ultra distance à vélo. Je voyais mon pote Clément pratiquer cette discipline, et j’avais la réelle impression que ça collait parfaitement avec ma personnalité : optimisation, résilience, goût du sport et du dépassement.
Après tout le brouhaha du retour à la vie sédentaire, on s’est posés. Et là, j’ai retrouvé des conditions de vie qui permettaient enfin l’entraînement régulier — et plutôt costaud — qu’une telle course demande.
C’est fin septembre que je finis par m’inscrire à la French Road 66. Et dans la foulée, je m’engage aussi sur le Gravelman Bordeaux 600, deux mois avant. Parfait pour le timing.
La FrenchRoad66 c’est quoi ? 😶 une course (+-1000km / +-10 000mD+), un départ de Compiègne, une arrivée à Montpellier en autonomie (trace,nourriture/hydratation, rythme…), avec quelques passages obligatoire, à boucler dans une durée limitée.
Une fois inscrit… plus le choix. « Bon heuuuu… on s’entraîne comment pour faire 1 000 km en quelques jours ? » 🤨
Une première pleine de décisions et de doutes, tant sur le matos que sur l’entraînement. La course précédente (GravelMan 650) avait été catastrophique😷. Cette fois, il fallait que je mette toutes les chances de mon côté💪🏻.
Entre janvier et fin mai, j’ai pédalé environ 5 000 km, dont 800 km en home-trainer (sans compter le vélotaf à 50 km/semaine). Au total, ça représente environ 200 heures de selle, soit une moyenne de 10 heures par semaine, avec quelques semaines à plus de 22h.
Oui, on peut dire que le volume d’entraînement était conséquent ! Et forcément, ça demande un peu d’organisation et quelques sacrifices — pas de soirée la veille d’une sortie longue, par exemple 🫣
Se lancer sur plus de 1 000 km à vélo, c’est quand même un truc particulier. Ce sont des chiffres qu’on a du mal à appréhender 📊. La dernière fois que j’ai parcouru cette distance, c’était sur un mois entier🏕️. Là, ça devait tenir en quelques jours 🚀. Et pour dormir ? Je dors longtemps ? À l’hôtel ? Sur le bord de la route ? Et la météo ? Quelle météo ?
J’ai décidé de fonctionner à l’instinct. Pas forcément en mode “moine bouddhiste” le mois précédent, mais plutôt en écoutant ce dont j’avais envie — ou besoin. Finalement, ça choquerait peut-être encore plus mon corps si je lui supprimais totalement la bière, non ? 🫣😅…
On dit qu’il y a trois voyages : celui qu’on imagine, celui qu’on vit et celui qu’on raconte. J’ai l’impression qu’en ultra, c’est pareil. J’ai vécu trois courses en une.

La veille
La veille de course ne s’est pas du tout passée comme prévu. Je voulais manger sainement, ne pas forcer sur le vélo et me coucher tôt. Résultat ? Exactement l’inverse 😵. Frites/bière pour récupérer le dossard, 15 km à 165 bpm le soir, une assiette de pâtes carbo bien grasse, et extinction des feux à 00h30… pour un réveil à 4h30. Nickel 🥸👌.
Je pense que le groupe a un gros effet sur moi. Je n’ose pas « partir solo », de peur de déranger, de casser la dynamique, ou de passer pour le mec chiant. Voilà, j’ai 30 ans, et j’en suis là 🥲. La prochaine fois, j’essaierai de suivre mon propre plan.

Jour 1 – Se trouver – 330 kilomètres et 2851m D+ en 14h29
Départ le vendredi 06/06 à 6h06 🏁. Je me retrouve tout à l’arrière du peloton. Pas simple de doubler quand 300 cyclistes se lancent sur la même route 🚴🏼. Mais très vite, tout le monde se dilue sur différents tracés, et l’avantage, c’est que j’ai passé la journée à rattraper des gens. Bon pour le moral 😃!
Le profil du jour m’allait bien : du plat, du vent de face, des jambes pas trop tapées par la veille. Clairement ma zone de confort — merci La Rochelle pour la prépa 🌬️⚓️ !
Je roule dans des groupes très différents, chacun avec ses stratégies : certains bombent mais s’arrêtent tout le temps, d’autres avancent doucement mais ne s’arrêtent jamais. Difficile de trouver un rythme qui me va… surtout que je ne le connais pas encore, ce rythme.
Vers 22h, après environ 320 km, je cherche un endroit pour dormir. Je trouve vite un spot calme sous un grand mûrier. Une fois installé, je me demande pourquoi je ne continue pas 🤨. Je ne suis pas si fatigué. Et les bruits de roues au loin me mettent des coups de palpitations. Je me dis que je vais dormir un peu et repartir vite. Spoilet 1 : Erreur. J’essaie de me forcer à dormir… mais je ne pense qu’à une chose : ROULER 😳.
Je me fais bouffer par les moustiques, que j’entends entre deux roues libres 🦟. Puis, la pluie arrive d’un coup. Il n’était pas censé pleuvoir. Le mûrier devait suffire. Spoiler 2: il ne suffit pas 🤯.
Pas de bivy. Je me suis toujours dit que ça ne servait à rien… sauf dans ce genre de cas, évidemment. Je tente de couvrir mon sac de couchage avec la couverture de survie. Le vent l’emporte à moitié. Il pleut sur le duvet en plume. Bref. Je décide de repartir 🚴🏼♂️.
Je me suis arrêté de 22h30 à 5h… pour dormir 50 minutes. Première nuit : pas rentable 🤦🏼♂️.

Jour 2 – S’accrocher – 284 kilomètres et 3440 m D+ en 16h13
Le début du deuxième jour est une vraie galère. J’ai mal aux jambes, aucune énergie, le corps en vrac — pas réveillé ou peut-être jamais vraiment endormi. Les premiers kilomètres sont interminables .
Je me force à manger. J’ai sans doute pas assez mangé la veille. Entre la sous-alimentation et une nuit éclatée, je ne m’en veux pas. Je sais que ce que je demande à mon corps est énorme. Je l’accepte. Et je sais qu’il va finir par se réveiller…
Je tombe sur une salle des fêtes avec la porte grande ouverte. À l’intérieur : toilettes, robinet, parfait. Je mange un sandwich préparé l’avant-veille (merci Camille), je consulte Madcap (appli traceur GPS) : je suis sur une route peu empruntée. Tant pis.
Je repars avec un bon mental : je finirai cette course, peu importe ce qu’il arrive 🦿.
Un peu plus tard, je me retrouve sur un bord de canal, herbes jusqu’aux genoux. Je me dis que si quelqu’un veut me tester, qu’il sache que j’ai déjà vu pire 😈. (J’ai sûrement raté la bifurcation de l’autre côté du canal… sûrement.)
Au fil de la journée, je recroise des gens. On se raconte nos nuits, nos galères. La course prend une autre tournure. On est tous dans le même bateau.
Le soir, je décide de prendre un hôtel pour sécher un peu et essayer de dormir « vraiment ». Résultat : 4h de sommeil pour 7h d’arrêt. Meilleur ratio que la veille, mais pas encore idéal.

Jour 3 – Slow is fast – 267 kilomètres et 3000 m D+ en 14h
Je commence à sentir mon genou, sans trop m’alarmer. Mais dans la nuit, il a bien gonflé. Je ne vois plus ma rotule. En plus, mon pied est engourdi, avec une gêne au bout des orteils. Je vérifie : non, ce n’est pas la chaussette 😏.
Après plus de 615km en 48h, mes fesses aussi sont abîmées 🍑. Je savais que ce cuissard pouvait me causer des douleurs sur de longues distances, mais je n’ai pas osé prendre le nouveau, jamais testé.
Le corps parle. Je sens que ça fait trois jours que je pédale. Plusieurs petites douleurs. Mais je suis passé en mode ultra… « Slow is fast » …j’avance plus lentement, mais j’avance🐢.
Cette journée, j’étais presque en mode vélo-tourisme 🦋. Je prenais mon temps, profitais des paysages. J’avais un vrai plaisir d’être là, juste sur mon vélo. J’ai même un peu oublié que j’étais dans une course 🙊.
Recroiser du monde me remet dans l’ambiance « compét’ »💥. Je reprends du rythme — j’avais la patate, ça faisait des heures que je me baladais tranquille 😜.
La soirée est étrange. La fatigue joue sur le mental, sur le social. Je ne sais pas trop où dormir. Celui avec qui je roule s’arrête tard manger. Je décide de continuer, direction un étang où Lucie me rejoint pour passer la nuit 🌙.
3h40 de dodo pour 5h20 d’arrêt. Le ratio continue de s’améliorer 🙌🏻.



Jour 4 – Grandiose, jusqu’au bout – 212 kilomètres et 2540 m D+ en 11h
Aujourd’hui, le programme est simple : Une montée au Mont Aigoual, une descente jusque Montpellier.
Le début de journée est magique dans les gorges du Tarn. Paysages grandioses, atmosphère brumeuse, humide, et le soleil qui perce peu à peu. Juste incroyable. Je vois que Camille (copine de Clem) est devant, je décide de la rattraper. Je la rejoins, elle me redouble dans une descente et je la rattrape de nouveau dans la montée. D’ailleurs, j’ai adoré cette montée !
Il me reste environ 200 km, je connais mes réserves, j’adapte ma cadence pour finir à peu près à sec (😅).
Lulu m’attend en haut 🥹. Deux gars me rattrapent, j’en rattrape deux autres. On n’est pas tous égaux face au D+ haha.
En haut du col, petit moment de stress. Je ne comprends pas où est l’arrivée. Aucun vélo à l’horizon. Je demande une photo à Lucie, mais je suis au bord du trop-plein. J’ai envie de me barrer direct 😬.
Finalement, je découvre le café en haut du Mont Aigoual. Je retrouve les copains, bois un café, mange et souffle un peu, je profite de la vue, de ma Lulu. Puis c’est parti pour… la descente 🥳.
ou plutôt…la déeeeesscceeennnttteee !!🤩. 30 à 40 km de plaisir. Peu de voitures, belles courbes, vitesse, liberté. LE KIFF 🥰
Plus je descends, plus la chaleur monte. À la fin, je crève littéralement de chaud 🥵. Je m’arrête manger des sushis. Je prends un Coca sans sucre par erreur. Tant pis 🤷🏼♂️.
Il reste environ 50 km. Je décide de les faire d’une traite 🚀.
À un moment, une voiture me colle, n’ose pas me doubler, me fout la pression. Elle s’approche, ouvre la fenêtre… C’est mon père. Il est venu m’encourager pour les derniers kilomètres ! Je suis dans un état second, mais ça me fait du bien 😌. J’arrive au dernier checkpoint. Remplissage de gourdes, petite discussion avec papa. Puis go.
Je rattrape Victoire, on se met de bons relais. On n’a plus qu’une idée en tête : finir 😈.
Les derniers kilomètres sont interminables. Il fait chaud. J’ai mal partout. Impossible de me lever de la selle. Je ne sens plus du tout mon pied gauche. Abrégeons 🧨.
À 10 km de l’arrivée, Victoire met un gros rythme. Je veux suivre, mais je n’ose pas passer comme elle entre les voitures. Vu notre état de lucidité, ça semble risqué. Je reste sur les pistes cyclables. Je tente de la suivre tant bien que mal 🥲.
Et presque d’un coup, sans vraiment comprendre ce qu’il m’arrive…
Me voilà finisher de mon premier ultra.

La FrenchRoad66 en aval
Il y a deux « après » : celui des heures qui suivent l’arrivée, et celui qui commence 3 ou 4 jours plus tard.
À l’arrivée, je ne comprends pas trop ce qui se passe. Je passe d’un long moment de solitude sur le vélo, dans un monde lent, silencieux, intérieur… à une mini-foule, du bruit partout, des gens qui parlent fort, des mouvements constants 😨.
Moi qui suis très sensible au bruit, c’est un vrai choc sensoriel. Je fais semblant de rien, je paye une tournée de bières à ceux autour de moi — même à certains que je ne connais pas encore 🤪.
On me parle, mais j’ai du mal à suivre. Je me sens dépassé et en saturation totale.
Le soir, un pote nous invite chez ses amis. Et là, la sensation est étrange… Tout va trop vite.
Je ne peux même pas participer aux conversations : j’ai l’impression que Lucie et Kevin parlent en vitesse x2. J’ai réussi à mettre des mots dessus : j’ai dit que j’avais l’impression d’être une personne âgée. Je devais me concentrer pour comprendre ce qu’il se disait.
Un peu comme quand tu as un niveau moyen en anglais et que tu écoutes deux natifs discuter : tu peux suivre, mais ça te demande une énergie folle. Voilà. C’était mon état 😅
Quelques jours plus tard, c’est encore un autre « après ».
🍑 Mon fessier ? Bien abîmé. Vraiment.
🦵🏻Le genou ? Dégonflé, moins douloureux.
Mais surtout, j’ai littéralement perdu la sensibilité dans une partie des deux mains : petit doigt, annulaire, et un peu le majeur. Des fourmillements intenses au toucher, du à un écrasement du nerf ulnaire.
Et au moment où j’écris ces lignes — 20 jours après l’arrivée — je n’ai plus mal, mais je n’ai toujours pas totalement retrouvé mes doigts 🖐🏻.
Il y a aussi un effet étrange lié à la temporalité.
Impossible, dans les premiers jours post-course, de remettre les souvenirs dans l’ordre. J’ai l’impression que ces 3 jours et demi ont duré une semaine, et je suis incapable de les remettre dans une chronologie cohérente.
Écrire, revoir les photos, échanger avec ceux qui étaient là… m’a permis de remettre des balises.
Et surtout, de me dire : c’était vraiment ouf !

Revenir sur le vélo
Contrairement à ce que j’ai entendu chez pas mal d’autres finishers, je n’ai pas eu ce dégoût du vélo.
Je crois même qu’au contraire, cette course a scellé le fait que j’aimais profondément ça.
J’attendais juste que mes fesses soient réparées pour remonter en selle. Et très vite, une idée s’est imposée : me réinscrire. Refaire un 1 000 kilomètres.
Mais cette fois, essayer de mettre un peu plus de rythme, maintenant que j’ai appréhendé la distance une première fois.
L’équipement de cette course ultracycliste 🧳
- Vélo : vélo de route type endurance ROSE Reveal 04 105
- Sacoches : Gamme Race RESTRAP
- Lumières : avant KLAMP exr1600 / arrière GARMIN VARIA et LEZYNE strip drive 300+
- GPS : GARMIN Edge 540 solar
- Casque : URGE Papingo
- Frontale : STOOTS Opalo 3
- Cuissard : VAUDE Kuro II
- Maillot : VAUDE
- Gilet coupe vente : VAUDE Kuro Air
- Veste de pluie : DECATHLON Racer ultralight Van Rysel
- Batterie externe : 24000
- Ravito : pâtes de fruits ANDROS, bonbons, cacahuètes…
- Sac de couchage : CUMULUS Light Line 300
- Tapis de sol : DECATHLON

Partir seul, arriver entier.
L’ultra, c’est peut-être juste ça : une quête simple, à l’ancienne, où chaque kilomètre t’apprend un peu plus sur qui tu es, ce que tu veux, et ce que tu veux laisser derrière toi.
Merci la route. Merci les jambes. Merci la vie.✨










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