C’était la galère – avant, pendant, après. 🤢💩🚴🏻♀️
Mais au fond, c’est peut-être ce qui rend cette aventure mémorable.


Le 30 octobre 2024, je décide de me fixer une nouvelle aventure gravel. J’ai vu passer à plusieurs reprises des e-mails concernant les événements de Steven LH et, ayant apprécié mon expérience en mars 2024, je suis partie sur l’envie d’un rendez-vous annuel 🗓️
Je regarde sur le site internet de la GravelMan et que vois-je ? Un événement à Bordeaux ! Chouette ! En plus, dans la « notation » GravelMan le parcours aurait été moins difficile que mon expérience à Breizh ! Alors que demander de mieux ? 😃🥳
« Merci pour votre inscription à l’événement ! Vos billets sont en pièces jointes de cet e-mail. N’oubliez pas de les amener avec vous. Nous nous réjouissons de vous y voir ! Voici les détails de l’événement : GravelMan Series – Bordeaux : Édition 2025 – 11 avril 2025 à 06:00 – 13 avril 2025 à 11:00 » 🍇
Bon… il va falloir pédaler ! Pour la première fois je vais pédaler 200 kilomètres, et pas des moindres puisque j’ai conscience de la technicité et de l’adrénaline des itinéraires de Steven. 🤠
Avant l’évènement, ça se passe comment ?
Pas très bien. Mes semaines se suivent et se ressemblent toutes. Chaque mois je pense être au chômage, celui d’après aussi, et cela dure de décembre à avril. Difficile d’être équilibrée dans ces moments et difficile de se projeter et de faire des sorties vélo alors que je dois prioriser ma réactualisation Pôle emploi et mon profil Indeed. 💼👩🏻💻
Je fais plus de kilomètres en vélotaf qu’en entraînement. Parfois je me bloque des journées vélo et je me tue sur une sortie (inadaptée) de 100 km. Super ! L’objectif et le meilleur entraînement étant la régularité…, j’ai un doute qui s’installe sur le projet. 🥸
Début d’année, les journées se rallongent et les bonnes résolutions des uns accompagnent les autres dans leur « planning d’entraînements ». Cependant, je rencontre un souci technique avec mon gravel Triban 120. Oui, j’ai bien participé à la GravelMan Breizh sur 140 km et ça s’est super bien déroulé, mais là mon vélo et moi ça fait deux. Je fais des sorties qui deviennent toutes plus frustrantes les unes que les autres car dès que j’appuie un peu trop sur mes pédales j’ai la chaîne qui saute et ça déraille. Moi qui apprécie taquiner mes copains de sport, je joue à la course et finis sur le bas-côté à râler dans les 10 mètres qui suivent mes bébés attaques. 😈😫
Mes 30 ans ne sont pas maintenant, mais l’idée d’un nouveau vélo commence à peser sérieusement dans mon esprit. Ce n’est pas Alex qui freinera cette idée car imaginer sa Lulu sur un joli vélo lui fait vraiment plaisir. Alors un nouveau vélo peut-être, mais lequel ? Quel prix ? Pour quelle pratique ? 🤔
Je mets mon petit Triban 120 en vente sur LeBonCoin et j’ai des touches dans les 30 min. Clém, le super ami d’Alex, passe le week-end à la maison. Nous parlons évidemment vélo et lui aussi comprend avec grand intérêt mon « dilemme » actuel. Bah ouais, pas simple de s’embarquer dans des chemins comme une guerrière si j’ai une biscotte entre les jambes.
Après le week-end à parler vélo, nous faisons une sortie le lundi matin et je me rends compte que je me fais de moins en moins confiance sur mon vélo. Je commence à douter : de son accélération, de ses freins, de sa tenue de route, et je décide donc de me lancer dans l’investissement avec huit « petits » mois d’avance pour mon bolide.
Aussitôt récupéré en magasin, aussitôt essayé en forêt avec mon fidèle ami 🐕



Dès la première prise en main, ça a été le grand kiffe ! Je me suis dit que j’avais pris une bonne décision et que j’allais m’éclater !
Cependant, un nouveau vélo n’invente pas une condition physique et/ou mentale. Il me donne plus d’assurance et l’impression de prendre plus de plaisir, mais la technicité et la santé, ça ne s’achète pas.
Alors j’ai enchaîné diverses sorties avec des profils de cyclopotes variés. Cependant, je n’ai pas réussi à atteindre la barre des 200 km avant la date butoir. La sortie de 200 km avec Laura a dû être interrompue à 130 km car j’ai perdu partiellement l’usage de mes doigts à cause du froid (merci Raynaud !) et j’ai crevé mon pneu arrière en côte, accompagné d’une sympathique pluie verglaçante.





J’ai poursuivi en me disant que l’on verra bien le jour J et que l’objectif était de prendre un maximum de plaisir. J’y suis parvenue sur les derniers entraînements avec mon chéri, où j’ai chargé au max ma jauge de kiffe et de confiance, avec de superbes sensations dans l’effort à vélo. 🚴🏻♀️
J-10 : le parcours change
Dans le fonctionnement de l’organisation de la GravelMan, des vérifications sont faites jusque J-10 avant les départs. L’orga peut parfois mettre des options de petites modifications si des doutes sur la faisabilité persistent.
Pendant le briefing à J-10, j’ai une mauvaise surprise. De vaillants gravelmans mécontents de la « simplicité » de l’environnement et de son éventuel dénivelé ont un peu trop titillé l’organisation. Celle-ci a donc jugé bon de les faire taire en ajoutant des kilomètres, des mètres de D+ et des galères. Au programme, ce n’est plus 200 km sur une des cartes les plus accessibles de l’organisateur… mais 240 km sur une des traces les plus complexes de ses orgas françaises 2025. Pourquoi faut-il toujours qu’il y ait des personnes qui s’inscrivent et qui percutent, harcèlent et abusent par la suite ? Merci mais non merci. 🙂↔️
48 h avant : avalanche de galères







Nous avons pris la route tous les quatre en direction de notre hôtel Ibis Budget au nord de Bordeaux. La route se passe bien, nous déposons nos affaires, notre petit Roro dans la chambre et notre petit Ninou chez sa pet-sitter. En prenant la direction du check-in, les histoires commencent.
Si nous voulions imaginé 72 heures de galère, nous n’aurions jamais été jusque là.
Attention, la liste est impressionnante et la totalité des informations communiquées ici sont réelles, elles n’ont pas eu besoin d’être amplifiées et/ou déformées.
👉Lorsque nous avons fait nos dernières amplettes la veille de notre départ, j’ai rempli mon premier constat. Une voiture met rentré dedans sur un parking et je n’était évidemment pas fautive ! 😇
👉Lorsqu’Alex a chargé son vélo pour se rendre au point de rendez-vous, il s’est rendu compte qu’il avait oublié ses chaussures de vélo à la maison.
👉Lorsqu’Alex (en basket) et moi avons pris la direction du check-in, Alex s’est trompé de direction (c’est très rare), a roulé sur des éclats de verre et son pneu arrière a percé, se vidant de l’intégralité de son liquide préventif (tubeless).
👉Lorsqu’Alex s’est rendu expressément au Décathlon le plus proche pour acheter une paire de chaussures et de quoi réparer son pneu à 5 min de la fermeture… il a acheté une paire de chaussures de route + cales SPD (mauvaise association).
👉Lorsqu’Alex est remonté sur son vélo pour repartir du Décathlon, les cales étaient mal réglées (dans la précipitation d’être sur un parking au milieu d’une cité) et il a failli tomber sur le parvis du Décathlon.
👉Lorsqu’Alex est arrivé à l’hôtel, il était tard et il fallait manger pour qu’il puisse bien digérer et bien dormir. Vu l’heure tardive, nous nous sommes rabattus sur un resto rapidos.
👉Lorsqu’Alex est arrivé (de nouveau à l’hôtel) il était 23h ; il lui restait plus que 5 heures avant la sonnerie de son réveil mais il devait réparer le pneu arrière et mettre une chambre à air.
👉Lorsqu’Alex est parti à 5h du matin, il ne pensait pas qu’il m’appellerait à 14h, après 190 km pédalés parce qu’il avait une sorte d’indigestion +++ l’empêchant tout à coup de produire le moindre effort alors qu’il était dans le top 3 de l’épreuve…
👉Lorsque j’ai décroché à l’appel d’Alex, j’ai été triste pour lui d’apprendre son état de santé et triste de lui annoncer qu’il allait devoir attendre plusieurs heures dans cet état. J’étais en Terra Aventura avec Rossell au sud de Bordeaux et Alex étant à 200 km de la ligne de départ, au nord de Bergerac, il était au plus loin de sa trace.
C’est donc deux heures après son appel que je le retrouve assis sur le bas-côté d’un chemin de forêt. Je lui fais un petit câlin de réconfort, ça me fait plaisir de le savoir maintenant en sécurité. Il est triste et déshydraté.
👉Lorsqu’il monte en voiture j’ai l’impression de sentir une « odeur de malade » 🤒. Nous passons par un médecin de garde SOS Médecins, qui diagnostique une gastro un peu énervée. Alex est agacé et vidé ; nous passons par une pharmacie pour acheter de quoi le requinquer.
Arrivée à l’hôtel, quelle journée ! Je suis épuisée de ces 4 heures de route (je suis malade en transport). J’ai la sensation que mes batteries se vident à vitesse grand V. Je perds patience, j’ai envie d’être couchée uniquement, parce qu’un mal de tête se réveille.
👉Je mange trois fourchettes de taboulé et je sens que ça ne fonctionne pas correctement. Il est 21 heures ; à partir de maintenant mon état se dégrade et je passe très rapidement mon temps à faire des allers-retours entre le lit, la douche froide et les toilettes. Gastro-foudroyante ? 🤕
👉La chambre du dessus est occupée par un groupe d’enfants sans parents et autant dire que c’est la grosse fiesta pour eux. Je me demande ce qu’il se passe, mais je ne doute pas de prendre le départ le lendemain.
Il est 5h, le réveil sonne, et je dois essayer d’ingérer quelques choses. Car je suis vide. Je ne possède plus de liquide ni de solide dans mon estomac et mes intestins. Finito, vidée ! Je vais au petit-déjeuner de l’hôtel et je prends deux-trois trucs à grignoter minutieusement. Alex se réveille et se sent mieux. Il ne s’est pas rendu compte de la multitude d’allers-retours que j’ai faits, tellement il a dormi. Alex m’accompagne sur la ligne de départ et les 5 km à vélo pour la rejoindre sont un supplice : mon corps est en panne. Je me dis que petit à petit je vais reprendre et pouvoir remonter les leviers physiques qui me limitent.
Au bout de 7 km 💥 un mur se dresse devant nous (merci Steven 😳). Il faut pousser le vélo, et je ne suis pas seule car nous sommes tous en file à monter. Arrivée en haut j’ai un coup de chaud, mais lorsque je vois l’état des autres participants, je me dis que je ne suis peut-être pas déconnante avec ma nuit blanche gastro(nomique). 🤢💩🤮
Nous passons dans des sentiers sympas, je me sens à ma place et je kiffe.
Premier obstacle : il faut porter le vélo pour passer un portail. Le deuxième portail arrive rapidement. Nous enchaînons sur une montée en forêt, et les désaccords de GPS commencent à se faire entendre. Je suis seule (de toute façon nous ne sommes que deux nanas sur cette connerie ; les quelques autres sont non-partantes) et je sens qu’il faut que je fasse une pause car j’ai la sensation de perdre l’équilibre. Je croise les photographes, je suis contente car j’aurai au moins un souvenir de cette folle journée. En sortie de la forêt je tombe sur Alex qui m’encourage ; j’ai juste envie de lui faire un câlin et de dormir dans ses bras, là.


Bon, au passage d’Alex je n’avais pédalé que 15 km. Je ressens de nouvelles sensations que je ne connaissais pas encore auparavant : celle de faire un/des malaise(s). J’ai la tête qui tourne dès que j’ai le malheur de m’arrêter. Je n’arrive toujours pas à m’hydrater, à manger et donc à enclencher les moteurs. Je croise de nouveau les photographes (décidément) et ils m’encouragent en me disant que je suis la première femme (ouais… nous sommes deux les gars). Je peine à avancer, je trouve les tours de pédale extrêmement durs à donner. Je regarde mon compteur et je suis à 29 km, le coup de massue. Je regarde mon téléphone et je vois un message de l’autre participante s’excusant parce qu’elle abandonne. Je ne sais pas quoi faire, mais je dois m’asseoir car mes jambes ne me tiennent plus. Je suis bien assise là, par terre dans la boue et le froid. J’ai envie de dormir. Des participants passent devant moi et me demandent si ça va (un groupe de trois personnes en VTT électrique sur la trace 120 km). Je leur explique que ma nuit a été compliquée et lorsqu’un des hommes entend que je suis un peu malade, il fait un bond en arrière et protège sa femme… de qui ? de moi ? J’ai l’impression d’avoir la lèpre ou de devenir un zombie. 🧟♀️ Je suis HS mais je capte que son comportement n’est pas cool. La femme fait un peu de social avec moi et reste bienveillante, jusqu’à ce qu’elle me dise « fait gaffe si tu rentres à Bordeaux solo, il y a une nana qui a eu un accident à cause d’une voiture qui l’a percutée »… Oh bah super.
Les photographes passent devant moi et nous discutons rapidement. Je ne sais pas quoi faire, mais la chose dont je suis certaine c’est que je ne veux pas me mettre en danger. Je leur donne ma balise GPS à contre-cœur, mais je pense qu’il faut que je m’arrête là. Nous avons eu bien des signes pour nous prévenir que notre week-end bordelais était risqué. (Je ne vous ai pas dit, mais une semaine avant l’évènement j’ai découvert 🥁 la crise hémorroïdaire ! YOUPI 🫠 )
Je donne ma balise et envoi un message à l’orga, je suis out. « Salut Micka, je suis Lucie Philippe. J’abandonne. Je suis au km30 de la gravel200. J’ai une belle gastro et je suis vidé. J’ai laissé ma balise aux photographes. Je suis déçue. Merci pour cette orga. Bonne journée bon courage ». Les réponses sont pleines de bienveillances. « OK pour ça: remets toi bien: Reposes toi et reviens plus forte 👌👌 ».
J’appelle mon amoureux en lui demandant de venir me chercher car je ne me sens même pas capable de rentrer par la route sur les 25 km qui nous séparent de l’hôtel. À ce moment, je vis mon premier abandon, mon premier échec.
L’attente est longue, je me demande si j’ai bien fait d’arrêter, si je n’ai pas juste trop écouté ma tête, ma flemme… J’hésite à rejoindre le ravito à 20 km et reprendre ma balise, mais au moment de tenter de me remettre sur mes jambes, je me rends compte que je ne peux rien faire d’autre que rester assise dans le froid à attendre qu’Alex vienne me récupérer.


Alex arrive et me voit tel E.T. déguisé en œuf de Pâques. C’est dur, je cherche beaucoup à me rassurer. Je comprends très bien pourquoi je ne pouvais pas faire plus que… mais je ne l’accepte pas. Quelque chose me déçoit énormément et je ne sais pas quoi.
Une fois de retour au lit, je m’effondre. Je reçois des messages très touchants d’amis remplis de sagesse qui pratiquent le vélo et/ou la compétition ; ça me fait du bien. Puis nous retournons sur le lieu de rendez-vous de l’événement et la team GravelMan est là. Nous sommes le couple malade qui a abandonné, mais qui traîne pour « profiter » (en sécurité) de l’ambiance. Merci à Steven, Micka et la team pour cette orga et cette bienveillance. C’était de nouveau un plaisir de les croiser et de discuter avec eux.

Après l’évènement, comment ça se passe ? 3 mois de vide.
Je n’ai pratiquement pas réussi à faire du vélo pendant les trois mois qui ont suivi l’événement.
J’étais comme emprisonnée dans les sensations d’un corps malade et vide. J’avais l’impression de n’avoir aucun soupçon de force dans mes jambes. Je savais que c’était une barrière mentale et une sorte de conditionnement. Je savais que je devais me remettre en selle pour rééduquer mon corps et mon esprit à redécouvrir des sensations neutres ou agréables.
Le sentiment d’échec a continué à me coller aux roues. Je me flagellais : « Mais pour qui est-ce que tu te prends à t’acheter un vélo de cette qualité au vu de ta pratique ? Tu es nulle et tu as un super vélo. Le Triban était vraiment suffisant pour toi ! »
J’ai vraiment ressenti un combat entre mes petites voix. Il m’a fallu chercher du courage pour me reconditionner en mettant toutes les chances de mon côté pour ressentir une pincée de plaisir.
D’abord en privilégiant des sorties d’une vingtaine de kilomètres sur route avec une météo favorable, puis en encourageant Alex sur sa course « French Road66« , puis en sortant le VTT pour aller s’amuser en forêt et enfin en sortant sur des sorties avec des objectifs sympas (aller prendre un café à Fouras, une part de flan à Mervent, ou une bière sur l’île de Ré).
Je me suis remise d’avril à juillet. En août, j’ai roulé dans d’autres régions pour découvrir de nouveaux chemins, de nouvelles boulangeries, de nouvelles forêts à traverser, de nouvelles côtes à grimper et des descentes dans lesquelles s’amuser.
Et maintenant ? Je kiffe mon vélo. J’ai le droit de le posséder et de m’amuser à le piloter.


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