Dans mes souvenirs de jeunesse, je ne suis vraiment pas une fan du vélo.
Mes débuts en deux roues ont été lorsque j’ai adopté mon chien, Mallo. Je voulais partager de nombreuses choses à ses côtés et j’ai découvert le canivtt en loisir et en compétition. 🐕~🚴🏻♀️

Ma réelle expérience à vélo a débuté lorsque j’ai chargé mon premier vélo de voyage de 50kg pour ne revenir que 9 mois plus tard.
En arrivant en France, mon besoin d’adrénaline et d’expédition était toujours en moi. C’est pour cette raison que j’ai acheté un (petit) Gravel pour découvrir le dynamisme de cette pratique.
Dès l’acquisition de mon petit vélo Gravel, j’ai ressenti le besoin de me tester.

Un an après, c’est avec curiosité que je me suis inscrite à la Gravel Man 120 km de Bretagne. Alex s’était inscrit sur la route 350 km, c’était une opportunité pour moi de me lancer ce défi également.
À l’approche de cette course et jusqu’au départ, j’ai dû affronter à nouveau la difficulté d’être confrontée aux jugements des autres.
Les discours et les regards négatifs sur ma participation n’ont fait que renforcer ma persévérance.
Ici, un conseiller en cyclisme que j’ai consulté pour changer de pneus, a souhaité me vendre des pneus VTT en prétendant qu’il connaissait très bien cette course puisqu’il avait participé l’année dernière à la Road 120 km… parlant seulement en termes négatifs et évoquant uniquement la perspective d’abandonner… comme si aucune autre issue n’était envisageable pour moi.
Là, des jugements sur ce qu’ils pouvaient penser de mes compétences physiques et mentales… « oula, mais c’est extrêmement difficile! Beaucoup d’hommes abandonnent et peu de femmes s’inscrivent! Puis vous savez réparer chacune des pièces d’un vélo? »
Lors du checking j’ai eu la sensation d’être une bête de foire. Et encore des regards désagréables à la vue d’une femme + un vélo entré de gamme de chez Decathlon.
Alors que j’abordais cette expérience avec le sourire (et en toute bienveillance), j’avais l’impression de les insulter par mon « audace » ou mon « inconscience » à m’y être inscrite.
Mais, ces personnes ne me connaissent pas (et moi non plus d’ailleurs). Elles n’ont pas conscience que leurs freins/peurs n’appartiennent qu’à elles. Elles me manquent de respect (de manière plus ou moins inconsciente) en jugeant les compétences qui sont les miennes.
Nous sommes 115 inscrits sur la trace et parmi ces inscrits il y a 15 GravelWoman 🚴🏻♀️.

Sur la ligne de départ les uns et les autres se jaugent et parlent de statistiques, de stratégies et de vélo. Ils se demandent combien de temps ils vont mettre pour boucler ces 135 kilomètres. J’ai l’oreille qui traîne, des personnes qui ont l’air d’être confiantes, connaisseurs et déterminées estiment leur arrivée vers 20 heures.
Hein !? Mais moi aussi j’avais prévu d’arriver justement pour 19h30/20h 🫣.
Le départ fut un mélange d’excitation et de nervosité. Je me suis vite retrouvée seule pour les premiers 60 km, dépassant de nombreux concurrents qui luttaient avec des vélos bien plus chers et supposément supérieurs. Malgré les crevaisons et les chaînes cassées que j’ai pu observer, mon petit Gravel tenait bon, une douce ironie face à l’élitisme matériel.
Ça m’a donné un coup de fouet en me disant que tous ces vélos à plusieurs milliers d’euros cédaient alors j’osais espérer ne pas avoir de casse avec mon p’tit Gravel car cela serait trop jouissif pour beaucoup de personnes.
J’ai roulé, j’ai observé, je me suis parlé… puis, suite aux premiers bains de boue, mes freins ont commencé à lâcher.
J’ai osé demander à un groupe d’hommes s’ils s’y connaissaient, mais ils ont repris la route avec un sourire en coin. J’ai alors poursuivi ma route avec moins de 50 % de mes freins.


Ce ne fut pas un voyage solitaire. J’ai trouvé un camarade en Édouard, un autre cycliste qui partageait mes valeurs sportives et avec qui j’ai pu parcourir une bonne partie de la route. Nos conversations, nos encouragements mutuels et notre entraide ont transformé ce défi en une expérience communautaire enrichissante.
Nous sommes arrivés à Paimpol à 12h15 et j’ai découvert à ce moment qu’un atelier vélo se trouvait en haut de la ville et fermait à 12h30. J’ai tenté le tout pour le tout et j’ai foncé chez eux pour solliciter leur aide afin de me permettre de poursuivre cette course. L’atelier Goëlo vélo m’a parfaitement accueilli malgré mon état boueux et l’acide lactique de mes jambes et m’a apporté le réconfort attendu.
Pendant que mes freins se refaisaient une santé, j’en ai profité pour changer de chaussettes, remplir mes gourdes, nettoyer mes lunettes et aller aux toilettes (arrêt optimisé).
Je retrouve Édouard à la boulangerie du centre et mange en deux deux afin de ne pas perdre de temps et reprendre la route à ses côtés.

Nous abordons de nouveaux sentiers techniques et deux cyclistes accompagnés d’Edouard prennent de l’avance sur moi. Ils m’attendent gentiment derrière un passage de galère (une grosse flaque de boue) et me motivent. Édouard lance : « Vas-y, vas-y, n’arrête pas, fonce et ça passe!!! »

Caché dans la flaque, une branche épaisse qui fait dévier ma roue et me fait chuter à plat ventre 😂✌🏻 Ça croustille en bouche, j’ai la jambe choquée et une cocotte tordue.. Edouard est mort de rire (il m’avoue assez rapidement que je suis la seule des 4 à l’avoir tenté 🙄)
Je demande aux spectateurs amusés s’ils ont au moins pris la peine de filmer, que nenni, cela restera un souvenir (physique pour mon vélo 🚲). Je ris, mais cela met un léger frein à ma confiance pour les quelques kilomètres suivants.
Nous poursuivons notre route et j’enchaîne les kilomètres. Je ris devant chacune des surprises de cette GravelMan. Inutile d’essayer de contourner les flaques de 50m, je les traverse avec de l’eau jusqu’au pédalier.
Nous sommes très amusés de ces lieux et nous nous demandons souvent ce que pensait Stéven à la création de ses traces.
Arrivée au 90ème kilomètre, je ressens le besoin d’une pause, j’ai besoin d’appeler Alex 😮💨 Je suis fatiguée, c’est dur, j’en prends un coup. Je raccroche rapidement car je n’ai pas trop la force de raconter ma vie, mais sa voix m’a réconfortée et il était déjà fier de ma folie.
Je respire sur un banc devant une église et je bave devant le snickers que mange Édouard 🫣 ( poooo « Non Lulu ! Tu gères, tu respires et tu te dis que tu pars simplement pour une sortie de 50km… putain! 50km, c’est déjà une belle sortie ça! 😳 »)

Dans mes sacoches, j’avais embarqué mon syndrome de Raynaud (« Bordel ! ») je n’ai plus de sang dans les doigts et je peine à gérer en descente technique car mes doigts me font mal et je galère ++ à freiner. 😬
Pour me rebooster, je compte les barres qu’ils me restent et je programme leur prise afin de gérer mon alimentation et mon énergie jusqu’au bout. Je planifie une prise à 105, à 115, à 125…
Arrivée à 105 km j’ai la patate ! (Il ne me reste que 3x 10KM) 😎🥳 L’impression d’un second souffle je suis on fire 🔥 je dépasse des concurrents qui sont tous plus éteint les uns que les autres.
Je motive les cyclos à coup de sourire, d’encouragement et de projet de binouze au ravito (bien sûr, loin de l’idée de réussir à boire une bière 🥴) mais ça a l’audace de fonctionner ! Puis l’égo à aussi le bon point de remotiver les jambes ! 🦵🏼 (chiant qu’une petite meuf boueuse, souriante avec un vélo de merde passe easy!)
Cependant personne ne parviendra à rattraper Édouard et moi sur les sentiers. Nous sommes assez fier de notre gestion d’effort qui nous permet de poursuivre notre route avec lucidité. Cela nous donne du peps 🤩!
Le vélo d’Édouard nous fait un caprice de fin, et une pièce claque sur son Gravel. Il nous reste 10KM et Édouard doit donner ces dernières force sur le grand plateau. (Ouïe) 🥵
Le soleil se couche et nous allons arriver pour l’heure de l’apéro ! Inespéré ! Je suis si légère et tellement contente que je pédale ces derniers kilomètres avec une facilité déconcertante 😆
J’arrive à la base et je vois mon chéri qui m’attend au bord de la route pour m’encourager sur les derniers mètres. Je suis si heureuse d’avoir participé et de terminer dans cette état de joie et de bien-être.
Départ à 8 heures – Arrivée à 19h46 – 135 kilomètres de Gravel – 1600 m de D+
Alex est stupéfait par mon temps de course et l’état d’excitation dans lequel je me trouve ! Finalement, une petite bière est bienvenue et nous trinquons Alex, Édouard et moi à ce week-end de course fort sympathique !

Je suis heureuse de retrouver la chaleur d’une douche chaude et de me débarbouiller un peu.
Je vois combien Alex est fier de moi et qu’il n’en revient pas, et cela me flatte 💪🏼 Au fond de moi, je n’avais aucun doute sur ma participation et l’expérience d’un tel événement ! Je suis vraiment contente et fière de moi de voir cette persévérance et la bienveillance sportive qui m’anime.
J’ai eu l’occasion de remercier Stéven L.H de vive voix et je le réitère à l’écrit. Merci pour cette première expérience incroyable ! Bravo pour qui tu es et ce que tu offres aux p’tits cyclos ! À bientôt ✌🏻

Leçons de la Route
Cette expérience a renforcé ma conviction que les limites sont souvent celles que nous nous imposons ou que les autres tentent de nous imposer. La persévérance, la bienveillance et un esprit ouvert ont été mes véritables alliés dans cette aventure. À travers les paysages de la Bretagne et les défis de la Gravel Man, j’ai non seulement testé mes limites physiques mais aussi gagné en confiance et en assurance.
En rétrospective, je remercie chaque personne qui a douté de moi ; sans leur scepticisme, je n’aurais peut-être pas poussé aussi fort. Merci également à Steven pour avoir créé un parcours qui est une véritable célébration de ce que le vélo peut offrir.
À ceux qui rêvent de prendre leur place sur la ligne de départ, peu importe le scepticisme ambiant : foncez. L’audace de commencer est souvent le plus grand obstacle à surmonter.


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